"Montagne était un des sept sages de la Grèce antique" Mais oui les filles, mais oui...

"Montagne était un des sept sages de la Grèce antique" Mais oui les filles, mais oui...


J'étais en avance d'une heure. Il faisait froid et la nuit était déjà tombée, mais je n'avais pas envie d'aller à mon cours de chant. Pas tout de suite. De toutes manières, j'avais encore cinquante-neufs minutes et vingt-cinq secondes. Je décidai alors de m'asseoir sur la place. Là, sur le petit poteau en pierre, en face du passage piéton. Ma journée du lendemain allait être une catastrophe. Enfin, c'était ce que disait l'horoscope de Direct Soir. Ils ne sont pas censés nous dire que l'on va réaliser nos rêves et que tout ira à merveille dans les horoscopes ? Une poubelle à trois mètres. Je tente ou je ne tente pas ? Bon, allez. Disons que si je ratte, l'horoscope ne pouvait pas être plus vrai, et que si je réussis, il était complètement faux. J'enroule le journal entre mes doigts frigorifiés et je tends le bras en arrière. Pas trop, sinon il va atterrir trop loin. Là, ça devrait être bon. Je compte mentalement. Un, mon bras est tendu, deux, plié à hauteur de mes côtes, trois ! Il vacille dans les airs avant de se poser avec un « pop » pathétique à quelques centimètres de la poubelle. Un chien qui passe juste devant à apparemment une envie pressante. Tant pis, je n'irai pas le ramasser. Je ne sais pas trop quoi faire, maintenant que mon journal est plein d'urine canine et qu'il me reste exactement cinquante et une minutes avant mon cours de chant. Alors je compte les gens qui passent devant moi. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, ta grand-mère en chaussettes... Au bout de soixante-huit c'est plus trop marrant. Alors je leur imagine une vie. Tiens, cette vendeuse par exemple, qui contemple la place derrière la vitre du magasin, l'air totalement déprimé. Elle doit être entrain de se demander qu'est-ce qu'elle fait ici, elle qui n'a toujours rêvé que de liberté. Elle n'était pas destinée à ça, on lui disait qu'elle irait loin. Tout ce qu'elle attend, c'est la fin de sa journée, pour pouvoir rentrer chez elle, tranquille, se souvenir de son bonheur passé. Un gars qui passe devant m'obstrue la vue. Lui en revanche, il a l'air plutôt heureux. En regardant attentivement, j'aperçois un demi-sourire du coin de ses lèvres charnues. Il marche lentement, n'est pas pressé. Peut-être vient-il de quitter celle qui fait son bonheur ? Ou celui, après tout, il n'y a pas de raisons. La vie lui apporte ce dont il a besoin pour le moment, c'est tout ce qu'il lui faut pour qu'il ait l'impression que tout est parfait. Oh ! La dame qu'il bouscule par inattention, alors qu'il flotte sur son petit nuage, n'a pas vraiment l'air de son humeur. Il l'aide à ramasser ses feuilles alors qu'elle s'énerve et lui crie dessus parce qu'elle est en retard et « qu'il pourrait faire plus attention quand il marche », mais je vois bien qu'il se retient de rire. Elle porte un joli tailleur, classique, bleu-marine et blanc sur des talons noirs. Ses cheveux blonds sont tirés en arrière en un chignon sévère, et des cernes sous une épaisse couche de fond de tain se dessinent sous ses yeux. Elle marche d'un pas saccadé, sans doute doit-elle avoir beaucoup de travail. Elle est stressée, sur les nerfs. Elle passe sur ma gauche et s'enfonce dans la petite rue. Un jour, c'est sûr elle craquera. Elle se demandera à quoi bon tout cela sert-il au final, et j'aurais envie de lui répondre « A rien. La vie se résume en trois expressions : Bonjour, Au revoir et Merci d'avoir participé ». De cette sombre rue viennent une mère et sa fille. Elles se tiennent par la main, cette vision m'attendrit, et me poignarde le c½ur dans le même temps. Il m'est difficile de savoir quel sentiment domine le plus. Sûrement le second. Sans vraiment écouter, je saisis un bout de leur conversation :

« Maman, pourquoi il faut dire bonjour à la maîtresse le matin ? Et pourquoi toi, des fois, tu dis bonjour aux gens alors que c'est même pas le jour ? Est-ce que si on dit pas bonjour il va pleuvoir ?
- Non ma chérie, lui répond sa mère en souriant, ça s'appelle la politesse.
- Aaaaaah... C'est quoi la politesse Maman ? »

Alors, sans réfléchir, les mots s'échappent de ma bouche, comme si le mouvement de mes lèvres gercées avait dépassé ma pensé :

« La politesse, c'est être gentiment faux-cul », je lui réponds.

La petite fille interroge sa mère du regard. Celle-ci me jette un regard de reproches. Ben quoi, il faut dire les choses comme elles sont. De toutes façons, il faut que j'aille à mon cours. Je ne peux pas rester là indéfiniment. Mais je crois que j'aimerais bien. Sur ma tombe, il y aurait écrit « Morte pour avoir eu envie de penser ». Ce serait joli. Les gens qui m'ont aimé y mettraient des fleurs, et ce serait la plus belle pierre tombale du cimetière. Mais je ne suis pas encore morte. La douche glacée du lendemain matin, à cause de la panne d'électricité ne fera que me le confirmer. C'est le disjoncteur qui a pété. Putain d'horoscope.

# Posté le vendredi 23 janvier 2009 09:59

Modifié le samedi 31 janvier 2009 11:44

NO ONE BUT HER.

NO ONE BUT HER.
Soient deux objets s'appuyant l'un sur l'autre et ne tenant que par leur propre force, si l'un tombe, alors l'autre aussi.






J'ENCULE LA MORT.










Photo : Mathilde et Elle; Lieu : Ambroise Paré

# Posté le mardi 25 novembre 2008 15:49

Modifié le samedi 29 novembre 2008 17:49

Soyez Heureux de ne pas nous comprendre, s'il vous plaît. Merci.

Soyez Heureux de ne pas nous comprendre, s'il vous plaît. Merci.

Ju d'orange, Ju de l'étrange. Étranges nous sommes, Ju de pomme. Ju de melon, Ju de compréhension. Ju de Kiwi, Ju de vie. Ju de raisin, Ju d'un bonheur qui s'est échappé de nos mains. Ju de poire, Ju de notre art. Ju d'abricot, Ju de nos beaux mots, Ju de nos maux. Ju de raisin, Ju de chagrin. Ju d'écorce, Ju de forces. Ju de pasthèque, on fait avec. Avec la douleur, avec nos pleurs, Ju de douceur et Ju de peurs. Ju concentré, Ju d'une nouvelle amitié. Ju de pêche, de notre gorge sèche. Ju de prune, il n'y en n'a qu'une. Une seul qui me comprend comme toi, Ju d'ananas. Ju de fraise, Ju de notre malaise. Ju de cerises, Ju de hantises et de ces sottises qu'ils nous disent. Je de groseilles, Ju de merveilles. Ju de toi, Ju de moi. Ju de choix, que l'on n'a pas.




La Seule Qui Saît.




J'taime Ju.
FF'

# Posté le samedi 29 novembre 2008 15:28

Modifié le samedi 29 novembre 2008 18:50

Ma plume est comme le canon d'une arme. Mets-toi du mauvais côté et tu seras blessé.

Ma plume est comme le canon d’une arme. Mets-toi du mauvais côté et tu seras blessé.

IT'S CUTE HOW STUPID WE ARE



On se perd dans la vérité du temps. Il défile et on le regarde ainsi comme de simples spectateurs. Mais quand la pièce est finie, alors un autre public occupe les gradins. Mais la pièce jouée est toujours la même. C'est comme la vie. Des gens différents la vivent, mais finalement, le temps passe toujours de la même manière. Parfois, tu regardes les gens autour de toi. Un an un, tu les observes. Les dévisages. Les transperces. Et puis soudain tu prends conscience. Soudain, tu as 20 ans de plus qu'eux. Ils ne sont pas comme toi. Ils n'ont pas vécu ce que tu as vécu. Ils ne savent pas. Et tu les en envie presque. Toi aussi, tu veux profiter de cette insouciance. Tu ne veux plus rien savoir de la vie, tu ne veux plus savoir ce que veut dire le mot mort. Ils ne sont pas comme toi et ne se rendent pas compte quelle chance ils ont pour cela. Et puis tu te demandes qui ils sont. Tu en viens à te demander qui tu es. Mais tu oublies, petit à petit, tu oublies que tu n'es pas comme eux. Au risque d'oublier qui tu es. Ou plutôt qu'oublier, tu laisses courir. Défiler à nouveau le temps. Tu quittes la scène et redeviens spectatrice. Tu retombes dans la banalité d'une-collégienne-qui-passe-son-brevet. Il n'y a que cela qui est censé te préoccuper, après tout. Alors bien sûr, tu sais, toi, que c'est faux. Mais voilà, comme toujours, on laisse filer. Défiler. Enfiler. Refiler. Renfiler. Surfiler. Tréfiler. S'effiler. Ce sont nos sentiments qui s'effilent. Mais c'est la seule chose à faire. Vivre.





Grâce à Ju, je comprends.

Photo : Mathilde; Lieu : House of Happiness; Photographe : Zou

# Posté le mercredi 26 novembre 2008 11:28

Modifié le samedi 29 novembre 2008 04:09